Paul Thielen avait interrogé Pierre De Guchteneere sur sa présence à Louvain à partir de 1958. Voici un courrier de 2005. Important pour l'histoire de la Paroisse Universitaire. Toute remarque, confirmation ou complément serait bien utile. paulthielen@gmail.com
Quand je suis arrivé à l'été 58,
les deux prêtres consacrés à temps complet au monde universitaire étaient
Michel Dubois et Marcel le Maire, jésuites, le premier avec sa maison place
Ladeuze, chapelle, bibliothèque, comme aumônier des Équipes Notre-Dame, le
second logeant à la Maison Médicale avec des étudiants, pas mal d'équipes parmi
eux et pas mal de contacts dans la Faculté. Fransen vivait à la Maison des Étudiants
et avait beaucoup de contacts avec l'Union des Étudiants et la Fédération
wallonne, de l'intérêt mais pas vraiment de l'aumônerie. Jean Decaevel, prêtre
de Tournai et doctorand en théologie, vivait avec un groupe de la JEC dans une
petite maison. Un bon nombre de jésuites étudiants de théologie à Egenhoven
(les "Jésuitons") accompagnaient des équipes, surtout en médecine et
ingénieurs. André De Staercke, prêtre étudiant de Malines, accompagnait des
équipes de droit. Le P. Saatman (?), S.J., aumônier de l'Aucam avec son local
rue de Namur, animait des réunions et groupes de formation. D'autres prêtres
aidaient occasionnellement, André Hayen, Jacques Leclercq, Jean Vieujean...
Celui qui prit contact avec moi,
pour voir si la chose m'intéresserait, fut Charles Moeller (un quasi-oncle pour
moi), de la part d'un petit groupe de laïcs dont le leader était Jean-Maurice
Servais, Montois responsable des affaires religieuses à l'UG et type
remarquable de finesse et de sensibilité; avec lui, Christiane Brusselmans fille
de prof, Philippe et Patrice d'Oultremont (milieu assez de droite!!) et
quelques autres; celui qui les accompagnait était Robert Blomme, prêtre
bruxellois qui terminait le doctorat en théologie et allait être nommé à
Malines (et mourut prématurément de maladie). Entre eux et, je crois, avec
l'accord des différents aumôniers mentionnés plus haut, ils prirent les
contacts avec le Recteur, Malines... et l'idée était d'avoir quelqu'un à temps
complet, qui puisse coordonner les différents groupes et activités. Le Recteur
Van Waeyenbergh n'était pas très chaud et ne voulait surtout pas entendre
parler de paroisse dans l'Univ. Nous avons donc proposé de nommer la nouvelle
institution "Centre religieux
universitaire", et ma nomination fut
comme "aumônier à l'université" (ce fut d'ailleurs compliqué pour
l'administration, je n'entrais dans aucun cadre). Ce nom fut toujours le nom
officiel, celui de Saint-François vint
d'une initiative de Christiane B.[russelmans] et s'utilisa quelque temps, mais
je ne l'ai jamais accepté parce qu'il me paraissait trop chapelle. Il n'y avait
aucun local ! En septembre, il fallut donc dare-dare en trouver un, pas trop
cher pour le faire accepter par le Recteur, et nous avons donc trouvé, loué et
meublé le petit ex-bar de la rue de la Monnaie [Muntstraat] (donc
"recyclé", mais je pense que les "petites madames" [on
disait qu’avant le Centre Saint-François
le bar était mal famé] viennent surtout des mauvaises langues !) (Il est
d'ailleurs redevenu bar après notre départ). J'y vivais avec cinq étudiants,
plus une petite chapelle dans la cour arrière, livres, revues, etc. Deux ans
après, on nous a signalé la maison du 9 place Hoover [Hooverplein], achetée par
l'Université, et le Recteur a accepté que nous y déménagions ; et l'année
suivante s'y est ajoutée la maison voisine, le 10].
Pèlerinage à Montaigu
[Scherpenheuvel] : c'était une tradition (de l'UG ou de la Fédération W[allonne]
?) et nous l'avons reprise et maintenue deux ou trois ans.
Je passe maintenant à tes questions
!
- politique de Malines ou des
évêques ? pas vraiment, on pensait facilement qu'il y avait assez de curés
à Louvain. Suenens (encore auxiliaire), qui avait été vice-recteur et que je
connaissais un peu, avait un certain intérêt. En 60 cependant, quand j'ai dû
prospecter pour essayer de trouver d'autres aumôniers, je n'ai pas eu de mal à
obtenir André Henin et Pierre Parré. Religieux : outre les jésuites, René
Stormacq, scheutiste, fut pendant plusieurs années aumônier des étudiants étrangers
(parti ensuite pour le Brésil). Robert Van Driessche, prêtre flamand étudiant,
l'avait été avant lui pendant quelque temps.
- initiative de PDG ?
je n'ai pris aucune initiative, mais ai accepté très volontiers !
- rassemblement d’initiatives ? :
en réalité, l'animation "dispersée" a continué... nous avons plutôt
ajouté une présence de plus, et pris en charge les grandes activités : Messes,
grandes ou petites conférences, Avent et Carême. Quand Pierre Goossens est
entré ("monseigneur" et nommé curé), il a réussi à assumer la
coordination avec beaucoup plus d'autorité que moi.
- curé : la
fondation de la paroisse personnelle est de fin 63, on parlait déjà de Pierre
Goossens mais les choses ne se sont officialisées qu'au début 64, après mon
départ. On avait d'abord pensé qu'on nommerait André Henin comme curé...
- lieux de culte : en 63 déjà, nous avons célébré
quelques Messes dominicales au [séminaire Léon XIII, avec professeurs et familles
; et nous avions déjà une Messe tous les dimanches le soir au Centre rel. (que certains ironiquement
appelaient "CRU"). Mais il me semble que dès 64, l'église Notre-Dame a
été cédée à la nouvelle paroisse.
- fin de la paroisse dans les
années 70 ? je ne suis pas au courant ; je sais seulement que Pierre G. est
resté à Leuven et y a conservé pendant plusieurs années des contacts et
réunions avec des familles de profs qui continuaient à y vivre.
- Paris : nous avons
eu quelques contacts avec Paris, notamment Mgr Charles, directeur du Centre Richelieu (aumônerie principalement
pour la Sorbonne), avec un groupe d'aumôniers diocésains, notamment Lustiger
(que nous avons invité deux fois à Louvain, pour un Avent et un Carême). Ceux
de Louvain qui participaient au pèlerinage de Chartres s'inséraient quelques
fois dans un "chapitre" du Centre
Richelieu.
- Semaines saintes :
Les semaines saintes (il me semble que le coordinateur principal était Marcel
le Maire) allaient en fait dans des paroisses sans prêtre plus près de la
Belgique (département de la Meuse), et on réussissait à recruter un bon nombre
de prêtres pour accompagner et célébrer les offices. Celles de Champagne et de Bourgogne
se faisaient en été et recrutaient un bon nombre d´étudiants, mais il me semble
qu'elles n'étaient pas formellement organisées à Louvain (en tout cas celles de
Champagne ; j'ai des doutes pour celles de Bourgogne).
- Henin et Parré : en
60 André Henin et Pierre Parré furent nommés aumôniers tout comme moi, on se
connaissait déjà et on s'entendait très bien ! (Pierre P. m'a dit il y a trois
ans qu'il envisageait d'aller se retirer dans une maison de repos à Gosselies,
mais je n'ai plus eu de nouvelles de lui).
- Églises de Leuven :
pendant plusieurs années, nous avons utilisé l'église St-Michel, avec un vieux
curé très aimable et qui nous supportait (parfois avec un peu de peur des
initiatives liturgiques). De St-Pierre on ne pouvait utiliser que le chœur (j'y
ai célébré au moins un mariage), car la reconstruction dura de longues années. En
62 nous avons pu passer à St-Pierre, dont le cadre était nettement plus beau !
Pas de problème avec les curés, mais nous n'étions pas paroisse...
Voilà,
j'espère que tout ceci pourra te servir!? À ta disposition pour ce qui serait
utile. Bon courage et très amicalement !
Pierre De G.
Un courrier d'un ancien de ma 3e
RépondreSupprimerPour la petite histoire...
Depuis 1975 je me promettais, avec Colette, d'aller au Pérou saluer Pierre DeGuchteneere. J'avais pour lui une certaine admiration dû au fait de son engagement concrétisé par son départ pour le Pérou et son travail auprès des étudiants de l'Université de La Molina à Lima. Les années passèrent.... À partir de 2003 nous sommes allés régulièrement en Amérique du Sud: Argentine, Brésil, Paraguay... mais pas au Pérou. Cette rencontre a finalement eu lieu en ...2014! J'avais eu son adresse courriel par l'intermédiaire de Pierre Durt dont le frère Étienne habite Lima et connaît bien Pierre. Lorsque j'ai contacté Pierre De Guchteneere il m'a répondu: "si tu veux venir me voir il faut te dépêcher car je ne suis plus tout jeune!". Avec lui nous avons visité quelques coins de Lima, nous avons été chez lui (il est curé d'une paroisse dans un quartier pauvre de Lima), assisté à la messe dominicale qu'il présidait. Cette messe avait quelque chose d'extraordinaire: c'était le jour de la fête des mères et la paroisse offrait à chaque femme de l'assemblée un cadeau, personne n'était oublié. Colette a reçu trois petites boîtes en plastique dans un bel emballage. C'était émouvant de voir ces femmes, surtout les plus âgées qui visiblement n'avaient pas eu la vie facile, recevoir ces cadeaux! Et nous étions très heureux, Colette et moi, d'être tout simplement là, avec plein de monde qui nous souriait. Ce sont de beaux souvenirs.